Investissement responsable : comment la Finance intègre le risque climatique


Publié le: 28 mai 2021 par Atos

Désigné comme un acteur incontournable de la lutte contre la crise climatique, le secteur financier opère progressivement sa mue pour augmenter la « part verte » de ses investissements tout en réduisant la « part brune ». Un défi de taille, qui pousse au croisement des enjeux environnementaux et financiers. Décryptage.

 

Les défis de la finance responsable

Il y a 5 ans, 195 pays ratifiaient l’Accord de Paris sur le climat. Parmi les 3 objectifs majeurs définis dans l’article 2, le texte mentionnait l’urgence d’aligner les flux financiers avec les objectifs d’un monde bas carbone. « La finance a un rôle à jouer parce qu’elle est au cœur de l’allocation des capitaux, et qu’elle peut participer au financement des solutions » rappelle Gauthier Faure, Sales Manager Financial Services & Insurance, au sein de la société de conseil en stratégie de réduction des émissions carbone EcoAct qui fait partie du groupe Atos depuis octobre 2020.

Si les efforts en la matière ont considérablement augmenté ces 5 dernières années, le chemin à parcourir reste long : « Dans le monde de la finance responsable, les flux financiers climat représentent actuellement 600 milliards par an, note Gauthier Faure. Or pour atteindre les objectifs fixés par les Accords de Paris, il en faudrait plutôt entre 2 000 et 6 000 milliards chaque année, soit au moins 3 fois plus ». Sans compter qu’en plus d’augmenter la « part verte » des investissements, il faut en parallèle réduire « la part brune », c'est-à-dire le financement des énergies fossiles et activités très émettrices de gaz à effet de serre. Alors qu’aujourd’hui, les investissements contraires au climat sont 3 fois supérieurs aux investissements en sa faveur, « il faut des mesures de promotion (c’est-à-dire épauler le financement des besoins liés à la transition climatique) et des mesures d’exclusion (c’est à dire sortir du portefeuille les projets à fortes émissions de carbone) » complète Franck Coisnon, Industry Solution Director Financial Services & Insurance, au sein d’Atos.

Une urgence climatique, financière et légale

Les raisons d’encourager l’essor de la finance verte ne manquent pas. Au-delà de l’évidente urgence environnementale, CDP, la plateforme de reporting de données d’impact carbone, estimait en 2019 que le dérèglement climatique coûterait 1 000 milliards de dollars aux 215 plus grandes entreprises mondiales d’ici 2024. Du côté de la loi, des réglementations européennes sont également en train d’éclore : c’est le cas de la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) qui renforce la transparence sur les produits financiers en matière d’ESG, et de l’EU Taxonomy for sustainable activities qui cadre la définition des projets dits verts. « On peut également mentionner les travaux de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures, dite TCFD, dont les recommandations pourraient se transformer prochainement enréglementations » ajoute Franck Coisnon. Constitué fin 2015, ce groupe de travail propose des recommandations de reporting des risques et opportunités liés au changement climatique. « Le modèle de la TCFD a d’ailleurs été repris dans la loi Énergie-Climat, précise Gauthier Faure. C’est ce qu’on appelle des soft laws : des bonnes pratiques, des guidelines et des standards qui sont très suivis dans la pratique et auxquels se réfèrent les acteurs financiers sans qu’elles soient pour autant des obligations ».

Les risques climatiques, nouveaux arrivants dans la cartographie des risques financiers

Dans son fonctionnement courant, la Taskforce (TCFD) élabore des propositions de scénarii. Ces derniers sont établis sur la base d’une cartographie de 2 grandes familles de risques : ceux dits « physiques », c’est-à-dire directement causés par le réchauffement climatique (catastrophes ou transformations de long terme), et ceux dits « de transition », c’est-à-dire qui émergent du mouvement de transition vers un monde bas carbone (nouvelle technologie, procès, changement de l’offre et de la demande, etc.). « Mêler ces 2 familles de risques - physiques et de transition - nous permet d’évaluer à la fois ce qui se passerait dans un monde à +5°C où les risques de transition seraient nuls - parce qu’aucune mesure n’aurait été prise pour inverser le changement climatique - et ce qui se passerait dans un monde à 1,5°C où les risques de transitions seraient très forts suite aux dispositions prises en faveur du climat », illustre Franck Coisnon.

Les risques climatiques sont ainsi incorporés dans le cadre de gestion des risques du secteur. « Ce sont désormais des paramètres de risques parmi les autres : ils coexistent avec les risques de liquidité et les risques liés aux crédits » félicite Gauthier Faure. Une manière de conjurer la « tragédie de l'horizon » évoquée par le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, pour décrire l’incompatibilité de l’horizon financier traditionnel (environ 4 ans) avec le calendrier climatique (50-100 ans).

Pas de data, pas de climat

Seulement, intégrer ces indicateurs dans les dispositifs de gestion des risques suppose au préalable de travailler sur la donnée elle-même. « Il y a un travail d’acquisition et d’intégration dans le système de gestion de la banque, mais aussi de complétion et de croisement de data pour obtenir une donnée de qualité » explique Franck Coisnon. Une fois ce travail réalisé, il devient possible de manipuler la donnée pour la mettre au profit des investissements verts. Chez Atos, la collaboration est déjà entamée avec la startup Dreamquark pour créer un algorithme de matching entre les clients intéressés par l’investissement responsable et les différents fonds orientés climat. « Ces dispositifs basés sur la donnée aident plus généralement la prise de décision sur les mesures de réduction à prendre, les plans de gestion du risque à mettre en place, les investissements à adopter, et ceux à exclure ».

Malheureusement, si des standards sont progressivement mis en place pour uniformiser le reporting, les entreprises sont encore trop peu nombreuses à remonter leurs datas. « L’autre problème, c’est que les acteurs de la data et de l’analytics sur le sujet climatique sont trop souvent rachetés par de grandes entreprises américaines », déplore Franck Coisnon.

Une question qui soulève un véritable enjeu de souveraineté et de sauvegarde de la maîtrise de la donnée climatique en Europe, et qui pourrait bien trouver des réponses du côté de Gaia-X et que traitera la COP26 qui se déroulera du 1er au 12 novembre prochains à Glasgow.

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