L’ingénieur, l’auteur et le designer : quel sera leur métier demain ?


Publié le: 27 avril 2021 par Atos

En 2021, les citoyens ne votent pas pour ou contre le déploiement de technologies disruptives sur leurs territoires, les intelligences artificielles ne militent pas pour le bien-commun et la fin de vie des dispositifs numériques est un non-sujet. Du moins pas encore, car il y a fort à parier que dans quelques années, les choses auront bien changé. Et si, en 2031, l’ingénieur, l’auteur et le designer étaient les nouveaux humanistes ? Nous nous sommes posés la question de l’avenir de ces trois métiers.

 

Agnès, ingénieure éco-politique

Zz zzzzz … .. Zz zzzzz … .. Zz zzzzz … Depuis 8h, le téléphone d’Agnès ne cesse de vibrer. En se levant ce matin, elle a mis à jour son profil professionnel, remplaçant la ligne « En poste » par « En recherche d’emploi ». Depuis, les recruteurs de tous horizons se bousculent dans sa messagerie. Et pour cause : les profils comme le sien ne courent pas les rues.

Agnès a passé dix ans en tant que Consultante Smart City au sein de l'organisation d'innovation urbaine d’un géant du web. Recrutée en 2021, elle avait pour mission le management du changement du projet de ville intelligente Clever City Montréal auprès des habitants. Elle avait surpris son employeur en se rangeant du côté des citoyens et en critiquant l’absence de concertation populaire préalable à la conception du dispositif urbain. Après l’échec du projet en 2023, elle n’a pas baissé les bras, et a maintenu sur son temps libre les consultations citoyennes et ateliers de co-conception avec les Montréalais et Montréalaises. Si bien que cinq ans plus tard, en 2028, le projet renaissait et se soldait en succès. Son secret : l’écriture collective d’un Code de Quartier, plaçant l’éthique comme pré-requis fondamental de toute initiative ; l’inauguration d’un Forum de l’Innovation de Quartier, contrôlant pour chaque dispositif numérique l’existence d’un besoin citoyen correspondant et le déploiement d’un Budget Numérique Participatif, conditionnant le déploiement de chaque dispositif à la volonté du plus grand nombre.

Plébiscitée par ses pairs, Agnès a également conçu un modèle de cahier des charges intégrant l’éthique by design, c’est-à-dire dès la phase préliminaire de la réalisation d’un produit. Open source, il permet de tester la pertinence citoyenne et l’affordance (la manière dont un objet suggère un usage) de tout dispositif innovant, et d’anticiper son impact systémique.

→ C’est déjà là : Le chercheur américain Richard Sclove milite depuis plusieurs années en faveur de la démocratie technique. Il a publié Choix technologiques, choix de société, dans lequel il expose le fait que les décisions scientifiques et technologiques ne sont pas discutées dans le débat public, et présente une série d’initiatives de démocratisation de l’innovation. En France, Yaël Benayoun et Irénée Régnauld ont publié Technologies partout, démocratie nulle part - Plaidoyer pour que les choix technologiques deviennent l'affaire de tous.

Tom, Data Equity Officer pour IA

« Liberté, égalité, parité ! … Liberté, égalité, parité ! … ». Depuis son bureau, Tom perçoit le brouhaha d’une manifestation qui monte depuis la rue en contrebas de son immeuble. Il n’y a pas si longtemps, au début des années 2020, il était parmi eux, à battre le pavé pour défendre la représentation des minorités. Gréviste de jour, hacktiviste de nuit, Tom a passé de longues années à lutter contre les discriminations liées aux questions de genre. Sur Internet, il était un grand adepte du flooding, cette technique consistant à inonder un espace numérique de contenus inutiles pour détourner son message de façon ciblée et délibérée par le poids de la quantité des publications. Il est également l’un des premiers à s’être attaqué aux bases de données entretenant des stéréotypes de genre, en les sur-alimentant d’images issues de la diversité. Le tout dans la plus parfaite illégalité bien sûr.

C’est dire la surprise de Tom lorsqu’il a reçu, début 2027, une proposition d’emploi de la part d’une multinationale spécialisée dans l’informatique. La mission avait de quoi l’intéresser puisqu’il s’agissait d’être Data Equity Officer (ou Ethics-Teller) pour IA ou autrement dit, l’homme qui murmure des principes éthiques à l’oreille des intelligences artificielles. Bref, continuer son travail de sape des algorithmes et bases de données biaisés, mais cette fois à la lumière du jour.

Aujourd’hui, cela fait désormais quatre ans que Tom exerce cette fonction d’auteur. Et si son métier ne cesse d’évoluer au gré des progrès techniques, il a maintenant défini les trois must-have indispensables de tout dispositif non-biaisé : 1. une sorte de constitution - basée sur un modèle open source - des droits de l’homme adaptée au numérique et codée par défaut dans chaque programme, 2. une sonde de base de données qui alerte dès que des contenus sont trop homogènes pour être fidèles au réel, et 3. un document sur-mesure qui détaille en langage courant l’objectif et la raison d'existence du dispositif en question.

C’est déjà là : Grâce au RGPD, chaque entreprise dispose désormais d’un gardien du respect des données personnelles des individus. Et il y a fort à parier que le Data Privacy Officer soit bientôt rejoint par un Data Equity Officer, ou un Ethics Teller. D’ailleurs, les métiers d’éthicien des intelligences artificielles, d’egoteller, et de psy designer pour IA existent déjà.

Sara, designeuse circulaire

« Cliing ! ». Alertée par la sonnerie de son smartphone, Sara consulte ses notifications et ne peut retenir un soupir à la lecture du solde positif de son compte bancaire. Quatre ans après une crise soudaine qui l’a privée de son salaire pendant neuf longs mois, toucher son dû reste un soulagement intact. À l’époque, Sara gérait une agence de publicité, à la tête d’une équipe de huit créatifs. Quand la crise a coupé les budgets des clients, elle a été contrainte de placer tous ses salariés au chômage partiel, et d’improviser. Seule et sans budget décent, elle a alors proposé à ses clients de recycler les idées créatives refusées à l’agence sur les dix années précédentes. Une idée culottée, mais qui a eu le mérite de fonctionner le temps que l’orage passe.

Une fois cet épisode de crise passé et ses équipes revenues, Sara a changé en profondeur sa manière de travailler. Consciente de l’urgence d’adopter une démarche plus durable et plus responsable, elle a transposé tous les principes de l’économie circulaire à son propre métier. D’abord, en mettant en place un catalogue des idées invendues à prix préférentiel. Ensuite, en se spécialisant dans la vente d’interfaces génériques - des squelettes de tableaux de bord ou d’espace client, dont seul le decorum change d’un client à un autre - à plusieurs entreprises désireuses de mutualiser les coûts, sans oublier la réutilisation de briques de codes. Enfin, en imposant à chaque client de « retourner » son site lorsque celui-ci ne sert plus, afin qu’il soit recyclé sur un autre projet ou décommissionné pour économiser des ressources.

Soucieuse d’aller jusqu’au bout de sa démarche, Sara insuffle désormais cet esprit frugal et cette appétence pour le recyclage à tous les consommateurs qui fréquentent ses plateformes. Elle accompagne ainsi chaque acteur du e-commerce dans la mise en place d’une plateforme de produits de seconde main avec un système de reprise / revente. Elle généralise le recours aux techniques du nudge pour booster les comportements vertueux des individus. Cerise sur l’interface, elle a même créé un comité de lutte contre la captologie, cette science des technologies persuasives visant à garder les utilisateurs captifs.

C’est déjà là : En France, l’agence Pasdepubmerci propose déjà de racheter via un système d’enchères en NFT (non-fungible token) les idées créatives invendues qui dorment dans des cartons. En France toujours, les entreprises du e-commerce sont de plus en plus nombreuses à doubler leur boutique traditionnelle d’une boutique de seconde main, à l’instar de La Redoute avec La Reboucle.

Les tendances qui se dessinent aujourd’hui pourraient ainsi devenir concrètes d’ici quelques années. Nous vivrons dans un monde où l’ingénieur aura le pouvoir de dire non et de construire un monde plus éthique ; l’auteur sera sollicité pour écrire les dialogues de nos assistants personnels, plus inclusifs, plus poétiques, plus humains ou peut-être justement moins humains ; le designer, lui, pourra proposer des dispositifs non addictifs, durables. Ceux qui ont l’envie de créer de nouveaux récits, en favorisant non pas l’addiction mais la confiance dans les technologies, auront la possibilité et la capacité d’inventer un futur plus éthique et plus responsable.

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