Les plateformes, une révolution en profondeur


Publié le: 2 May 2017 par Dominique Grelet

Il y a dix ans, Microsoft était la seule des dix plus grosses capitalisations boursières mondiales qui pouvait se définir comme une plateforme. Aujourd’hui, elles sont six, dont une entreprise « traditionnelle », General Electric. Cet essor, et la présence de GE dans ce classement, montrent que l’économie de plateforme devient prépondérante, que chacun est concerné et qu’il faut s’y préparer sans plus tarder.

 

Une plateforme est une ossature numérique qui permet de connecter collaborateurs, clients, partenaires, fournisseurs, objets… et aux uns et aux autres de partager leurs données. Sur une plateforme, chacun peut être tour à tour producteur ou consommateur de données ou de services les exploitant. Une plateforme peut être interne à l’entreprise, privée, c’est-à-dire étendue aux fournisseurs, clients et partenaires, ou publique, fédérant autour d’elle tout un écosystème. D’ici 2020, on estime que la totalité des grandes entreprises auront bâti une plateforme interne, un quart une plateforme privée et 10 % une plateforme publique.

Plus la plateforme est vaste, possède de membres et collecte de données, plus ses algorithmes sont riches et puissants, et plus elle creuse l’écart avec ses concurrentes. Les plateformes, qui peuvent se rémunérer par abonnement, à la transaction ou en fonction du chiffre d’affaires induit, mènent donc une course effrénée à la taille critique d’où ne devrait émerger qu’une poignée de leaders.

Les secrets de la réussite

La pluridisciplinarité, la confiance et la technologie seront les clés de leur succès. L’innovation majeure des plateformes est de permettre de croiser des données de multiples origines pour envisager les questions sous des angles nouveaux. Par exemple, l’agriculture de précision nécessite des données météorologiques, d’observation satellite du couvert végétal, captées sur le terrain ou issues de la recherche en agronomie… Une plateforme rassemble donc des acteurs d’horizons, tailles et domaines divers, grandes entreprises, PME, startups, organismes de recherche… Une entreprise peut même appartenir à une plateforme en apparence éloignée de son cœur de métier car, dans ce paysage, la vieille notion de vertical n’a plus cours.

Deuxième facteur de succès, la confiance. Partager ses données avec des inconnus ou, au contraire, avec des concurrents que l’on ne connaît que trop nécessite un cadre très strict garantissant sécurité, confidentialité et neutralité de la plateforme. La transparence des algorithmes, la clarté des règles d’utilisation, l’anonymisation et le chiffrement des données, la blockchain, constituent autant de solutions. Pour éviter les conflits d’intérêts, il se crée des coentreprises avec des acteurs technologiques ou entre concurrents, à l’image de Here détenue par Audi, Daimler et BMW. Mais il y a aussi la place pour de nouveaux entrants, par essence neutres et ouverts, comme Codex SparkInData, dédiée aux données d’observation de la Terre.

Enfin, troisième aspect déterminant, la technologie. La performance, l’ouverture, l’évolutivité, la facilité d’intégration et d’utilisation de la plateforme dépendront des choix d’infrastructure. Outre les technologies de sécurité déjà mentionnées, le framework Big Data Spark, la conteneurisation et les microservices, le calcul haute performance (HPC) et l’internet des objets (IoT) sont quelques-uns des piliers techniques des plateformes de nouvelle génération.

Questionnement stratégique, préparation opérationnelle

Toutes les entreprises n’ont pas vocation à développer une plateforme publique, loin de là, mais toutes seront tôt ou tard appelées à s’y connecter et il leur faut donc se préparer. En redéfinissant les modalités de la collaboration, en valorisant l’information plutôt que l’objet, en établissant de nouveaux liens excluant les intermédiaires à faible valeur ajoutée, les plateformes redessinent les chaînes de valeur. L’entreprise doit donc évaluer les opportunités et les menaces la concernant, puis s’interroger sur son rôle vis-à-vis de la plateforme (leader, associé, consommateur ou fournisseur de services ?), sur les bénéfices envisagés et sur sa capacité à faire.

Parallèlement à ces délicates questions stratégiques, il faut préparer le système d’information, notamment en mettant en ordre le socle interne de données de manière à pouvoir exposer des données ou des services sur une plateforme ou, inversement, tirer parti des données ou des services qui y seront proposés. Enfin, tout ceci doit s’accompagner d’une transformation culturelle car l’avènement des plateformes n’affecte pas seulement le positionnement ou le modèle économique de l’entreprise, mais touche très concrètement les individus dans leur rapport aux données, à leurs clients, à leurs concurrents, aux autres métiers… Ce qui est une nouvelle façon de faire pour l’entreprise devient, pour ses collaborateurs, une nouvelle façon d’être, et c’est peut-être là que se situe la révolution la plus profonde.

« La pluridisciplinarité, la confiance et la technologie sont les clés du succès d’une plateforme.»

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Qui est Dominique Grelet

Vice-président Data & Intelligence Artificielle
Depuis juillet 2016, Dominique Grelet est Vice-Président du Groupe Atos, en charge des services et solutions Data et Intelligence Artificielle. Dans ce rôle, il supervise le développement du business, de l’offre, et de l'écosystème partenaires pour le groupe. De 2014 à 2016, il était le CEO de blueKiwi, le premier éditeur européen de logiciels pour les réseaux sociaux d'entreprise et la collaboration. Avant BlueKiwi, basé aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, il a occupé divers postes de direction des ventes, produits et services, partenariats, et marketing avec Bull de 2002 à 2014, et avec l’éditeur de logiciel Evidian de 1992 jusqu'en 2002. Dominique est titulaire d'un diplôme d’ingénieur CentraleSupélec. Il est diplômé en économie de l'Université de La Sorbonne et en théologie de l'Institut Catholique de Paris.

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