Les plateformes de données industrielles, une révolution dans l'utilisation des données

Les données industrielles prennent plusieurs formes, depuis les données collectées durant le processus de production, jusqu’aux données fournies par les capteurs présents dans les objets connectés en passant par les retours d'expérience clients. Dans l’économie digitale, elles constituent une ressource de grande valeur. Elles sont le carburant de la transformation digitale. Déployant chiffrement, pare-feux et mots de passe, nous les entourons de toutes les précautions.

Étant donné l’investissement considérable que réclament aux entreprises la collecte, le traitement, le stockage et l’exploitation de leurs données, l’idée qu’elles les partagent avec des partenaires, des concurrents, leur secteur tout entier, peut sembler incongrue. Chez Atos, nous sommes pourtant convaincus que ce sera le prochain stade d’une évolution naturelle.

Une entreprise comme Here, la branche de Nokia récemment rachetée par BMW, Daimler et Volkswagen afin de disposer de données cartographiques communes, emprunte déjà cette direction. Dernièrement, les trois grands constructeurs allemands ont annoncé qu’ils mettraient en commun la totalité des données recueillies dans leurs voitures au sein de Here pour qu’elles bénéficient à tous.

Ce type d’approche, que l’on nomme plateforme de données industrielle, incarne l’essence même de la collaboration en suscitant des partenariats entre des entreprises d’horizons multiples. Et, à l’image de l’impact des marchés multifaces, ces plateformes de donnée permettront la création d’innombrables réseaux interconnectés au sein desquels les connaissances tirées des données mises en commun seront exploitées pour accélérer l’innovation.

Vidéo de la table-ronde entre Jean-Marie Simon, Directeur Général d'Atos France, Christophe de Maistre, Président de Siemens France, et Hubert Tardieu le 19 avril dernier à Paris

Des externalités positives

Le point fondamental est que les plateformes de données industrielles produiront des « externalités positives » – que l’on peut définir comme « un bénéfice pour un tiers résultant d’une transaction économique » – dont les retombées bénéficieront à la société au sens large, par exemple sous forme de technologies plus avancées ou d’expériences plus attractives. Ainsi, si les fabricants de smartphones et les opérateurs de télécommunication partageaient une plateforme de données, cela permettrait de développer plus rapidement que jamais de nouveaux modes de communication et les consommateurs en seraient au final les gagnants.

Émergeront ainsi des réseaux intelligents d’entreprises. En démultipliant les projets de co-innovation au sein de ces réseaux, ces partenariats donneront naissance à de riches et complexes écosystèmes de compétences qui permettront à des secteurs entiers comme à des acteurs individuels de s’adapter de façon proactive à l’évolution de leurs marchés. Une fois encore, c’est en fin de compte le consommateur qui en bénéficiera au travers de technologies et de services mieux adaptés à ses besoins et ses attentes. 

« La donnée en elle-même n’est plus perçue comme un actif mais comme une commodité. La véritable valeur, ce sont les connaissances et les enseignements que l’on peut en tirer. »

La valeur de la donnée change

L’évolution décisive ici est celle de la valeur de la donnée. La donnée en elle-même n’est plus perçue comme un actif mais comme une commodité. La véritable valeur, ce sont les connaissances et les enseignements que l’on peut en tirer. Chaque entreprise continue à préserver son « ADN » et sa propriété intellectuelle en procédant à ses propres analyses, pour répondre à ses propres enjeux, tout en améliorant sa perception et sa compréhension du contexte lorsqu’elle prépare sa prochaine génération de produits et de services.

Naturellement, de nouvelles formes d’accord ou de contrat demeureront nécessaires. Partager des données requiert un minimum de confiance réciproque. Dans l’univers B2C, elle tient en général dans l’accord que donne le consommateur pour l’utilisation de ses données en échange d’un service gratuit, tel Facebook, LinkedIn ou Twitter. En B2B, nous allons voir des réseaux d'innovation partagé se substituer à la chaîne de valeur traditionnelle. Les modalités du partage des données s’apparenteront aux contrats d’externalisation : utilisation de données spécifiques, pour un temps limité, avec une garantie de réversibilité au terme de l’engagement.

Pour finir, les plateformes de données industrielles couvriront des écosystèmes entiers, créant de la valeur sur toute la chaîne. Judicieusement mises en œuvre, elles peuvent permettre à des acteurs existants de se réinventer digitalement. Par exemple, un constructeur de poids lourds pourrait commercialiser un usage intelligent de ses véhicules, à la Uber, et se substituer aux transporteurs. Ou un logisticien se réincarner en champion des services d’impression 3D. Et ce, avant que ces créneaux ne soient préemptés par les géants de la technologie.

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Qui est Hubert Tardieu

Co-président de la Communauté Scientifique et Conseiller du Président d’Atos et Membre de la Communauté Scientifique
Après 27 ans chez Sema, devenu SchlumbergerSema puis Atos à différentes positions parmi lesquelles Global Telecom, Global Finance, Global Systems Integration et Global Consulting, Hubert est maintenant le conseiller du Président Directeur Général d’Atos et l’accompagne pour définir la vision du Groupe et de son environnement à 5 ans. Pour l’accompagner dans cette mission a été créée la Communauté Scientifique en 2009. Ses 135+ membres, les meilleurs ingénieurs du Groupe, ont traduit cette vision dans le rapport Journey 2020 – Les ondes de choc digitales dans les entreprises et dans plus de 50 livres blancs.

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