Les chemins de la performance : une interview de Matthieu Androdias, champion du monde d’aviron


Publié le: 24 octobre 2019 par Atos

Matthieu Androdias est champion du monde d’aviron en deux de couple - avec Hugo Boucheron - et vient de se qualifier pour les JO de Tokyo. Il est également ingénieur chez Atos, à Lyon. Il nous explique son parcours et les clefs de ses performances

 

Bonjour Matthieu Androdias. Tu es champion du monde d’aviron et ingénieur : pourquoi et comment combiner les deux ?

Tout d’abord, en France, personne ne vit de l’aviron, contrairement à ce qu’il se passe ailleurs dans le monde, dans les pays anglo-saxons par exemple, où l’aviron s’inscrit dans une tradition universitaire forte.

J’ai donc toujours eu une double activité, ce qui m’a aussi permis d’assouvir mon goût pour les questions technologiques : en parallèle de mon cursus aménagé à l’INSA de Toulouse, j’ai participé à deux olympiades, les JO de Londres en 2012 et ceux de Rio en 2016. Si le cursus était aménagé, il n’a pas été question néanmoins de me faciliter le diplôme !

J’ai pensé partir un moment aux États-Unis, pour me consacrer à temps plein à l’aviron, mais suite à Rio et après avoir fini mes études, j’ai ressenti le besoin de faire valoir mon diplôme et j’ai décidé de chercher un poste en tant qu’ingénieur.

Pourquoi avoir choisi Atos ?

J’ai eu de la chance : comme je suis considéré comme potentiel médaillé à Tokyo je peux avoir accès au pacte de performance, qui est un dispositif qui avait été créé par Thierry Braillard. Un réseau d’entreprises se porte volontaire pour accueillir des athlètes de haut niveau dans des conditions aménagées et, en échange, ils reçoivent des dédommagements de la part de l'Etat.

Le contact est très bien passé avec Thierry Blanchon qui dirigeait Atos à Lyon. Ensemble on a construit un projet jusqu’aux JO de Tokyo de 2020. J’ai été embauché comme développeur logiciel - j’ai dû (ré)apprendre à coder ! - et j’ai découvert un peu le métier mais désormais je me dédie de plus en plus à des prises de parole et à de l’animation d’équipe :  je parle de mon expérience, je fais le lien avec le quotidien des collaborateurs.

Travailler chez Atos m’offre une bulle d’air et une ouverture sur la technologie, sur les métiers de l’ingénieur… Cela me sort du quotidien de l’entraînement. J’observe les logiques projet au quotidien et je regarde comment chacun se situe par rapport aux projets des équipes. C’est davantage l’aspect humain et comportemental que l’aspect technique que j’observe.

Justement, y a-t-il un sens à comparer le travail en entreprise et le sport de haut niveau ? Trouve-t-on des similitudes, des échos, des leçons à tirer dans un sens ou l’autre ?

Oui beaucoup ! Déjà rien qu’en observant les gens, on se rend compte que certains pensent que la carrière est un sprint ; d’autres ont compris que c’était un marathon. Ce qui est clair, c’est que le principal point commun c’est une forme de recherche de la performance.

Il n’y a pas tant de différences entre le projet d’un sportif de haut niveau et celui d’une entreprise : un projet se construit sur un objectif précis et ensuite on trace un cadrage projet ; on détermine les domaines de compétence qui vont impacter directement ou indirectement ce projet spécifique et ensuite on définit un plan d’action. Finalement la fixation de l’objectif rejoint la question du sens : pour être résilient, pour avancer, il faut que je mette du sens dans ce que je fais.

Comment donc améliorer ses performances ? Tu es toi-même passé de 6ème mondial à 1er en un an, entre 2017 et 2018 : que s’est-il passé ?

Pour évoluer, il faut tout d’abord s’entourer de gens qui nous tirent vers le haut. Sur chacun de mes domaines de compétence, j’ai positionné un expert. Je me suis entouré de gens meilleurs que moi, que ce soit sur l’aspect médical, de préparation physique, de préparation mentale et de technique sportive évidemment. La fédération ne fournit que l’entraîneur pour l’aviron : j’ai dû moi-même financer l’équipe qui me suit aujourd’hui. A partir du moment où j’ai positionné ces personnes autour de moi, mon niveau a explosé. J’ai tout particulièrement musclé mon mental, avec des exercices variés : des séances avec une préparatrice mentale, de la méditation de pleine conscience, de la visualisation...

Il faut ensuite être capable d’identifier ses points forts et ses points faibles. C’est souvent au mauvais moment que ça explose parce qu’on ne se connaît pas assez ! En France, on a longtemps décrit ce genre d’exercices comme de la faiblesse : la culture de l’aviron était traditionnellement celle d’un sport rude, où il vaut mieux s’endurcir que de connaître ses failles, même si le discours est en train de beaucoup évoluer.

Or c’est cela qui permet de sortir de sa “zone de confort” et donc de progresser. L’ensemble de ces points m’a amené à devenir champion du monde en sortant du mode pilotage automatique. Tous ces éléments sont également valables pour d’autres fonctions : je crois qu’atteindre des objectifs de performances, pour un ingénieur, relève d’une démarche d’humilité et de détermination.

C’est intéressant : quel sens cela a-t-il de travailler à se désautomatiser quand on travaille pour Atos, qui développe certains programmes qui, précisément, automatisent ?

Dans le sport de haut niveau, il existe une attraction très forte vers l’automatisme : faire en sorte que ce que l’on pratique devienne une forme de seconde nature et travailler uniquement aux réflexes et à la sensation. C’est évidemment une part qui est vitale, inscrite dans le corps par les milliers d’heures d’entraînement. Mais le plus complexe - et ce qui, précisément, m’a permis à mon avis de devenir le meilleur mondial - c’est de vivre ces automatismes tout en prenant de la distance par rapport à eux, en pouvant, lorsqu’on le décide, s’en écarter et les observer. C’est ce qui rend possible, grâce à cette sorte de dédoublement, de les interroger et de les faire évoluer afin de ne pas les subir. C’est ce en quoi consistent les entraînements en pleine conscience, que je pratique depuis 2 ans à peine : il faut toujours avoir un œil sur ses propres automatismes.

Justement les technologies sont-elles très présentes dans l’aviron d’aujourd’hui ?

A l’heure actuelle la technologie est ce qui nous permet de comprendre ce que nous faisons et d’améliorer notre finesse technique : il y a beaucoup d’instruments dans le bateau qui nous aident à chiffrer la performance (accéléromètre, capteurs de déformation) ; cela nous permet de savoir comment l’on rame et d’améliorer en permanence notre méthode. Les data nous permettent d’objectiver le travail qu’on faisait avant de manière empirique : en un sens, elles nous permettent de nous désautomatiser !

J’espère que cela nous aidera à faire la différence pour les Jeux Olympiques de Tokyo, maintenant que nous venons d’être qualifiés grâce à notre troisième place aux championnats du monde.

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