Le véhicule électrique roule à la donnée


Publié le: 14 décembre 2016 par Eric d'Arche

Le véhicule électrique s’appuie sur un écosystème et génère des usages très différents de l’automobile traditionnelle. Pour poursuivre son expansion, et s’imposer auprès du grand public comme une solution de mobilité majeure, il devra s’accompagner de services innovants largement basés sur l’analyse des données.

 

Le véhicule électrique est à la croisée de deux secteurs industriels majeurs : l’automobile, bien sûr, mais aussi la distribution, la fourniture et le stockage de l’électricité. Il en résulte une chaîne de valeur inédite et complexe qui associe, entre autres, constructeurs automobiles, fabricants de batteries, énergéticiens, collectivités, opérateurs de recharge, opérateurs de services de mobilité, gestionnaires de flottes et utilisateurs finaux. L’essor du véhicule électrique est donc conditionné à la capacité de cet écosystème à se structurer et à s’adapter pour répondre à l’évolution des besoins, ce que seuls une collecte, un partage et une analyse efficaces des données peuvent permettre.

Des usages nouveaux et diversifiés

Avec le véhicule électrique émergent en effet des usages nouveaux et diversifiés qu’il va d’abord être indispensable de comprendre. Outre son rôle attendu de second véhicule, la voiture électrique aura par exemple un impact important à moyen terme sur la mobilité dans les grandes agglomérations tant pour des raisons environnementales que de qualité de vie au sens large. Ainsi, à Pékin, les véhicules électriques ont d’ores et déjà le droit de rouler sept jours sur sept contre six jours pour les véhicules thermiques. Parallèlement, le recours à l’électrique pour les transports publics est en fort développement (bus électriques, navettes autonomes…) et pourrait rapidement devenir prépondérant à condition d’instaurer des politiques « zéro émission » claires (comme aux Pays-Bas, où les bus diesel cesseront d’être commercialisés en 2025) et de renforcer la collaboration entre les secteurs public et privé.

« D’autres usages innovants sont aujourd’hui en phase pilote, comme l’intégration du véhicule électrique à l’habitat collectif (points de recharge partagés, auto-partage), ou à la veille de se développer, par exemple en zone rurale, où la simplicité d’usage et d’installation des points de recharge peut constituer une réponse intéressante à la faible densité en stations-service. »

Dans le domaine de l’auto-partage, des projets de « free-floating » – le véhicule n’est pas nécessairement rendu à son point de départ, ce qui permet des économies importantes de ressources (points de recharge, parking…) – existent déjà sur des marchés majeurs comme la Chine, les États-Unis, le Canada ou l’Europe. À Vancouver, par exemple, la ville considère l’auto-partage comme une vraie priorité et la flotte est passée de 100 à 250 véhicules en deux ans seulement. On s’attend à voir une tendance similaire sur le marché prometteur de l’auto-partage en entreprise.

Atos a d’ailleurs été l’un des pionniers en la matière puisque l’entreprise dispose depuis 2012 d’une flotte de véhicules électriques en auto-partage sur son campus de Bezons.

Développer des services prédictifs

Cette variété d’usages ne pourra cependant s’épanouir que si tous les acteurs se coordonnent de manière à offrir à l’utilisateur la garantie d’une solution de mobilité disponible, fiable, sûre et pratique. Il ne s’agira pas seulement de répondre à ses inquiétudes concernant l’autonomie de sa batterie (où, quand et combien de temps la recharger pour arriver à bon port ?), mais aussi de développer, grâce aux données, des services prédictifs multi-modaux. Ceux-ci permettront, par exemple, de définir l’heure de départ, de planifier le trajet, de réserver un point de recharge en cours de route, de réserver une place sur un parking de délestage et, enfin, d’acheter un e-billet de bus (électrique bien sûr !) pour la dernière étape d’un voyage au confort optimisé. Cette maîtrise doit également s’étendre aux aléas de parcours (embouteillages, consommation excessive d’énergie…) de façon à toujours pouvoir proposer au conducteur la solution optimale en termes d’expérience. Un autre acteur clé de l’écosystème du véhicule électrique est appelé à fonder son efficacité sur les données et leur analyse : le gestionnaire du parc de batteries (dans un modèle locatif). Des solutions nouvelles vont en effet venir enrichir le schéma classique visibilité/gestion/optimisation.

Dans un premier temps, l’Internet des objets (IoT) permettra de faire remonter des évènements liés à la batterie (nombre de charges rapides et paramètres associés, état de charge à court terme (SOC)) afin de mettre en évidence les indicateurs clés sur son état à long terme (SOH). Puis, dans un deuxième temps, l’opérateur pourra se doter de moyens de diagnostic en temps réel qui lui permettront de connaître l’état de chaque batterie et de prendre la décision de maintenance adéquate en fonction du contexte d’utilisation. Enfin, dernier stade, il sera possible d’optimiser le parc de batteries, par exemple en réattribuant une batterie vieillissante à un conducteur aux usages moins intensifs ou l’orientant vers une deuxième vie comme le stockage d’énergie intermittente pour le bâtiment.

« En favorisant la synergie entre tous les acteurs et la qualité de l’expérience pour l’utilisateur final, tels services prédictifs constitueraient un levier puissant pour le développement du véhicule électrique. »

Alors que les hypothèses de croissance favorables prédisent une part de marché de 5 % dans dix ans, les usages nouveaux apportés par le véhicule électrique pourraient profondément bouleverser nos modes de vie à l’image des smartphones au cours des dix dernières années.

Un marché en croissance inégale

Globalement en croissance, le marché du véhicule électrique connaît de fortes disparités géographiques, entre l’Europe, où il est plutôt haut de gamme, les États-Unis, où il reste très corrélé au prix du pétrole, et l’Asie, où c’est déjà un marché de masse, la Chine étant déjà le premier marché mondial grâce à une politique très volontariste. Le marché est tiré par de nombreux facteurs : les incitations réglementaires et fiscales, bien sûr, mais aussi la prise de conscience par les consommateurs de la nécessaire transition énergétique, l’évolution d’un modèle fondé sur la propriété vers un modèle fondé sur l’usage (auto-partage, covoiturage) et l’amélioration sensible des véhicules en termes d’équipements, d’autonomie, de plaisir de conduite et, de façon générale, d’expérience.


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Qui est Eric d'Arche

Associate Partner Atos Consulting
Eric d’Arche, Associate Partner chez Atos Consulting, contribue au développement du Business sur le secteur Industrie et plus particulièrement sur le secteur Automobile sur lequel il a une expertise de plus de vingt ans. Il a auparavant travaillé dans le conseil (ex. Coopers & Lybrand, Capgemini) ou le business development (SAP) Il est focalisé sur les projets de transformation porteurs de forts enjeux de management et d’organisation ou de Systèmes d’Information. Il a développé ces dernières années une forte expérience sur la transformation du secteur industriel vers le monde des services, notamment dans l’Automobile (lancement de la Zoe chez PSA, lancement de nouveaux services connectés chez différents constructeurs) et a contribué à la rédaction du livre blanc « l’impact du digital sur l’écosystème du véhicule électrique ». Il est diplômé de l’Ecole Polytechnique.

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