Le digital au cœur des défis de l’aéronautique


Publié le: 24 May 2017 par Stéphane Janichewski

En 2016, le trafic aérien de passagers a augmenté de 6,5 %, confirmant une croissance moyenne de plus de 5 % par an depuis 10 ans sans aucun doute appelée à durer. À cette forte hausse s’ajoute l’évolution profonde des conditions du transport lui-même avec une compétition redoublée, des attentes nouvelles en matière de confort et de services à bord comme au sol, une différenciation accrue du haut de gamme jusqu’au low cost, des exigences environnementales sans cesse renforcées et, bien sûr, l’omniprésence de la question fondamentale de la sécurité.

Ces bouleversements se répercutent tout au long de la chaîne de valeur du secteur, depuis les voyagistes, les aéroports et les compagnies jusqu’aux constructeurs et à leurs sous-traitants. Pour ces industriels de l’aéronautique, les évolutions actuelles peuvent se rapporter à quatre grands enjeux : la compétitivité et l’innovation, la flexibilité de la production, le développement des services et la protection du patrimoine industriel. Or, pour chacune de ces questions, le digital constitue un élément de réponse désormais incontournable.

La compétitivité et l’innovation

À tous les niveaux, le ciel est plus que jamais le théâtre d’une compétition acharnée. Pour l’emporter, il faut parvenir à être compétitif en termes de coûts tout en se différenciant par une innovation constante. Le raccourcissement drastique des cycles de développement industriels observé ces dernières années est le symbole parfait de cette double exigence. Et l’informatique en a été le principal facteur, grâce notamment à l’émergence des plateformes collaboratives et du calcul haute performance (HPC), qui ont apporté des gains de temps, de précision et d’efficacité considérables lors des phases de conception et de modélisation.

Comme outil ou comme solution, le numérique tient ainsi une place prépondérante dans tout le processus d’innovation, qu’il s’agisse des aéronefs eux-mêmes – pour réduire la consommation de carburant, se conformer aux exigences environnementales et de sécurité, faciliter le pilotage et la maintenance, accroître le confort et la modularité… – ou des équipements permettant de proposer de nouveaux services aux voyageurs (connectivité à bord, infotainment…). Enfin, l’informatique peut apporter, outre la protection des assets, une contribution non négligeable à la réduction des coûts via la rationalisation de l’infrastructure et de la production. Un grand motoriste et équipementier ayant par exemple réalisé de l’ordre de 30 % d’économies en confiant son infogérance globale à Atos.

La flexibilité de la production 

Tant dans le domaine civil que militaire, l’industrie aéronautique se caractérise par de brusques variations de charge, à la hausse comme à la baisse. La digitalisation de l’outil de production permet aujourd’hui de s’adapter rapidement, et de façon économique, à cette forte variabilité. Avec l’Internet des objets (IoT) et le Big Data, il est ainsi possible désormais de créer des unités de production entièrement automatisées, où la disponibilité des machines est maximale grâce à la maintenance prédictive. Par ailleurs, les plateformes telles que MindSphere de Siemens permettent de renforcer et de fluidifier la collaboration tout au long de la supply chain. Enfin, la fabrication additive offre d’immenses perspectives pour accroître encore la flexibilité et la réactivité des processus.

« Pour chacune des grandes questions qui se posent au secteur aéronautique, le digital constitue un élément de réponse désormais incontournable. »

Le développement des services

Comme dans de nombreux secteurs, l’un des axes stratégiques des acteurs de l’aéronautique est d’enrichir les produits de services à forte valeur ajoutée s’appuyant sur les données. En particulier, l’exploitation fine des données de vol est susceptible de révolutionner toute la maintenance, voire jusqu’au modèle économique lui-même des industriels. Qu’il s’agisse d’en tirer soi-même des enseignements grâce au Big Data ou à l’intelligence artificielle, ou de les proposer à des tiers, les données sont un sujet inépuisable d’innovation. À condition de mettre en place une infrastructure et une gouvernance appropriées de manière à ne pas se laisser dépasser par leur volume, leur complexité ou l’émergence de nouveaux usages.

La protection du patrimoine industriel

L’aéronautique est un secteur stratégique, d’autant plus sensible que les acteurs ont souvent une activité duale, civile et militaire. Face à des menaces constantes, sophistiquées et potentiellement appuyées par des moyens d’Etat, la sécurisation des actifs informatiques est donc une préoccupation de toute première importance. Le secteur, avec Atos, pousse donc les technologies de la cybersécurité – chiffrement, contrôle des identités et des accès, détection des fuites de données, SOC (Security Operation Center)… – à leur extrême de rigueur et de technicité tout en se tenant à l’avant-garde des nouvelles solutions et ce dans le respect des réglementations (LPM, GDPR…), comme la sécurité prédictive ou la blockchain.


LPM : Loi de Programmation Militaire GDPR : Global Data Protection Regulation

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Qui est Stéphane Janichewski

Directeur du marché Défense & Aerospace
Stéphane JANICHEWSKI a commencé sa carrière à la DGA où il a exercé des responsabilités de directeur de programme, dans le domaine des télécommunications par satellites, puis a été conseiller technique du Délégué Général pour l’Armement, sur les affaires stratégiques (nucléaire, missiles, espace). Il a rejoint le CNES en 1995, où il a été notamment directeur des programmes et directeur général délégué. Après un passage chez Capgemini, de 2009 à 2014, puis chez Bull, il est désormais directeur du marché Défense & Aerospace chez Atos.

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