Eindhoven, une ville sécurisée grâce aux données

La sécurité des données personnelles et le respect de la vie privée ont largement dominé les débats sur la révolution numérique. Mais en matière de protection physique, le Big Data est en passe de jouer un rôle encore plus important pour le maintien de la sécurité dans nos rues. Bien que paradoxale, cette vision d’avenir est au cœur du projet CityPulse d’Atos développé en partenariat avec la ville d’Eindhoven, aux Pays-Bas.

L’objectif de ce projet, actuellement en phase pilote, consiste à aider la ville d'Eindhoven à mieux gérer une rue de son centre-ville, la plus longue « rue de la soif » des Pays- Bas – Stratumseind – qui attire jusqu'à 20 000 personnes chaque week-end dans sa cinquantaine de bars et de boîtes de nuit.

CityPulse collecte des données rendues anonymes venant du « terrain » et de diverses sources d’informations en ligne, et fournit ainsi de précieux indicateurs qui vont aider la police à traiter, désamorcer et anticiper les incidents.

Toute anomalie qui se démarque de ce qui est considéré comme un schéma de données « normal » est recoupée avec les autres sources de données grâce à des analyses Big Data. Les autorités sont ainsi mieux informées et en mesure de prendre les décisions nécessaires.

Paul Moore, Business Development Manager pour Atos UK, a supervisé la mise en place du projet avec la Communauté Scientifique d’Atos. Selon lui : « Le plus intéressant, c’est l’association de différentes sources. Car même si elles sont utiles, les indications émanant d’une seule source ne permettent pas d’être sûr de la nature des événements en cours. »

« En revanche, quand on dispose d’indicateurs concordants, fournis par plusieurs sources, des gens qui courent par exemple, les réseaux sociaux qui font état de bagarres ou l’enregistrement de niveaux sonores anormalement élevés, on a alors une idée plus précise de ce qui se passe réellement. »

L’impact futur de CityPulse sur la criminalité et l’activité économique d’Eindhoven reste encore à déterminer, mais les personnes impliquées dans ce projet sont convaincues de son potentiel à long terme.

« Il n’existe pas encore de système infaillible, mais au fil des mois et des années, le fonctionnement de ce système nous permettra de mieux comprendre quelles en sont les anomalies » affirme Albert Seubers, Directeur de la Stratégie Groupe et du Développement de l'activité SmartCity chez Atos.

Atos a voulu en savoir plus sur CityPulse, notamment pour mieux comprendre comment ce projet assure la sécurité des habitants d’Eindhoven tout en garantissant la protection de leurs données personnelles.

Capteurs audio

Le niveau sonore fait partie des données les plus importantes fournies par le modèle CityPulse actuel. Des micros placés dans les bars et les clubs partenaires détectent les moindres variations du spectre sonore. Point important : on identifie non seulement les variations de volume, mais aussi le type de son (le verre brisé par exemple). Le niveau de stress exprimé par la voix humaine peut même être intégré au système, qui associe l’analyse du contexte sonore aux images de la foule se déplaçant dans la rue, permettant ainsi une représentation audiovisuelle en 3D.

Caméras

Des caméras sont placées au niveau de Cinq points stratégiques pour suivre la fréquentation et les mouvements de foule. L’objectif principal est de repérer les parcours habituels et donc de détecter les anomalies, comme par exemple les groupes se déplaçant en cercles. Les données sont transmises en temps réel au centre de commande et de contrôle de la police municipale.

« Il n’est pas question de vie privée, mais plutôt d’éthique. Aujourd’hui, tout le monde utilise des cartes de crédit, des cartes de fidélité et des téléphones portables : les seuls qui s’intéressent encore à ces informations sont les entreprises commerciales. » 

Prendre la température

CityPulse détecte l’ambiance générale des rues et analyse également les émotions spécifiques exprimées sur les réseaux sociaux, relatives aux notions de stress et de dangerosité. Parmi toutes les données qui alimentent CityPulse, celles fournies par les réseaux sociaux sont celles à prendre avec le plus de précaution. Il faut donc en recueillir davantage pour obtenir l’analyse la plus représentative possible. Ce système repère par ailleurs des mots clés (comme « pickpocket ») qui permettent d’obtenir des informations utiles même à partir de sources

L’analyse des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont une sourced’information majeure pour les événements planifiés à l’avance. Néanmoins, leurs interprétations varieront fortement que l’on soit un dimanche après-midi à 14h ou à 20h un soir de grand match ou de fin de partiels.

Salle de contrôle

Lorsque les sources de données confirment qu'un incident s'est produit, le tableau de bord de CityPulse prévient la salle de contrôle de première intervention. L'équipe a la responsabilité de prendre des décisions et d’envisager la mise en place de mesures supplémentaires, comme par exemple d’augmenter le niveau des éclairages publics ou d’envoyer une patrouille sur place.

Conformité

Dans le cadre d’un partenariat avec l’Université de Tilbourg, un juriste spécialiste de la protection de la vie privée analyse chaque mois la conformité du dispositif mis en place. En avril 2015, la ville d’Eindhoven avait également accueilli un colloque international sur les bonnes pratiques en matière d’utilisation des médias et des données collectées dans l’espace public.

Visages floutés

Les données audiovisuelles qui alimentent ce projet empêchent toute reconnaissance faciale, les vidéos étant floutées à la source. Les seules données permettant d’identifier des personnes proviennent de comptes Twitter publics. Mais même ces informations sont rendues anonymes et stockées sur des serveurs sécurisés.

Risque de leurre

Même si les améliorations prévues dans les années à venir permettront de détecter les actes individuels, les limitations des données visuelles actuelles fournies par CityPulse présentent un risque : la possibilité de simuler des événements pour faire diversion. Comme l’explique Albert Seubers : « Supposons qu’une personne se rende à Stratumseind et se mette à danser n’importe comment avec un groupe de gens, ou à courir dans tous les sens. La police va par conséquent intervenir à Stratumseind, or pendant ce temps-là, un crime pourrait être commis plus facilement dans un autre quartier. »

Soutien des habitants

Pour les résidents d’Eindhoven, les bénéfices du projet contrebalancent les risques relatifs au respect de la vie privée. Les équipes de CityPulse et les habitants de la ville se réunissent régulièrement. « Les voisins soutiennent ce projet car ils constatent que cela permet de contrôler vraiment ce qui se passe dans la rue », explique Paul Moore. « C’est parfois difficile pour les riverains. Imaginez si 15 000 personnes venaient faire la fête dans votre rue tous les weekends. Les résidents accueillent ainsi favorablement ce type de projets mis en place pour faciliter leur quotidien. »

Sécurité des données

Seules les métadonnées sont stockées pour une longue durée. Les données individuelles ne sont quant à elles conservées que pendant un délai très court, à des fins de vérification. Aucune infraction à la loi n’a été constatée à ce jour.

Absence de poursuites

Les données fournies par CityPulse servent uniquement d’indicateurs à la police et ne sauraient faire l’objet de poursuites. L’objectif de ce projet est surtout de fournir aux autorités les informations dont elles ont besoin pour repérer la criminalité et rechercher des preuves.

« CityPulse n’est pas un outil d’identification. Il analyse les données personnelles partagées par certains et favorise la mise en place d’un environnement plus agréable et sécurisé. C’est une manière résolument éthique d’utiliser les données. »

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Qui est Albert Seubers

Director Global Strategy IT pour les villes
Albert H Seubers (1959) est diplômé de l’Agricultura University Wageningen en 1985. Depuis, il a toujours fait du conseil IT pour les politiques publiques. Il a travaillé pour Dutch Telecom a la mise en œuvre du premier réseau de fibre aux Pays-Bas, pour CMG en tant que directeur groupe Public Sector Service, pour HP en tant Public Sector Executive avant de rejoindre Atos. Depuis 2011 ? il est Director Global Strategy IT pour les villes et a lancé le programme Atos MyCity qui vise à créer un cercle vertueux en traitant toutes les problématiques propres aux villes : la sécurité, le service aux citoyens, l’emploi, l’éducation, la sécurité sociale et la santé, les transports, le développement durable, la gouvernance et l’économie. Réussir à engager les citoyens et les entreprises pour créer des villes durablement sures et prospères : voilà la mission d’Atos MyCity. Dans son rôle, il travaille avec des villes du monde entier pour les accompagner dans la définition de leur stratégie, souvent qualifiée de stratégie de Smart City, et trouver des solutions pour mettre en œuvre leur stratégie. Albert croit fermement au fait que la donnée permettra de créer la ville de demain.

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