Métavers : technologie prometteuse ou bulle spéculative ?


Publié le: 29 août 2022 par Atos

Les mondes virtuels ont fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois. Là où les sceptiques ne voient qu’un effet de mode, d’autres imaginent une véritable révolution technologique qui transformera non seulement les processus industriels et les réunions de travail, mais aussi notre manière d’apprendre et d’être au monde.

 

L’effet de mode ne faiblit pas. Depuis l’annonce retentissante de Facebook, rebaptisé Meta en octobre 2021 en référence au métavers, les annonces et les investissements se multiplient : Microsoft Mesh, Cisco WebEx Hologram, Nvidia Omniverse… Ces mondes virtuels, dans lesquels les internautes interagissent via des avatars, pourraient représenter un marché de 800 milliards de dollars en 2024 selon les projections de Bloomberg Intelligence. Mais les sceptiques pointent du doigt une bulle spéculative qui finira par imploser, à l’image de Second Life qui, malgré le buzz médiatique dans les années 2000, avait plus ou moins disparu des radars.

Près de deux décennies après le lancement de Second Life, ces technologies ont pourtant évolué. La réalité virtuelle et augmentée, la modélisation 3D et l’intelligence artificielle se sont démocratisées. L’alliance, en juin 2022, des gros acteurs du métavers (Meta, Microsoft, Epic Games ou encore Nvidia) au sein d’un consortium afin de garantir l’interopérabilité entre leurs plateformes, pourrait également faciliter l’adoption de ces technologies et les rendre plus accessibles.

Sans compter qu’une partie de la population, à l’image des gamers, est déjà familière de ces mondes virtuels. « Depuis près de deux décennies, les industries du jeu et du divertissement proposent de s’évader dans des univers virtuels comme les jeux de rôle en ligne multi-joueurs (MMORPG) », souligne ainsi le rapport Journey 2026 : Explorer les dimensions du virtueld’Atos. Aujourd’hui, des expériences inédites sont en train de voir le jour, renouvelant l’entertainment, le shopping en ligne et les interactions sociales. Le projet StoryFile, par exemple, propose de préserver notre histoire personnelle pour qu’elle puisse être racontée grâce à l’IA, même après notre mort.

L’exploration des mondes virtuels

Ajoutons à cela que le potentiel des mondes virtuels dépasse largement la sphère du divertissement et les interactions sociales. « À l'heure actuelle, le métavers est en grande partie une expérience sociale basée sur des technologies virtuelles et augmentées. Ce dont nous parlons, ce sont des dimensions virtuelles bien au-delà du métavers – celles qui transformeront la façon dont les entreprises interagissent et perçoivent la valeur », expose Sophie Proust, CTO d’Atos. Elle rappelle néanmoins qu’il n’y a « rien de particulièrement nouveau dans le concept de “virtualisation” des infrastructures de calcul, de stockage et des réseaux. »

Le processus de virtualisation en cours promet selon elle d’ouvrir le champ des possibles dans de nombreux domaines. « Les dimensions virtuelles pourraient offrir aux entreprises des opportunités presque illimitées pour échapper aux contraintes physiques et résoudre toutes sortes de problèmes», imagine-t-elle en évoquant notamment le dérèglement climatique et la raréfaction des ressources.

Le nombre de cas d’usage à développer, perfectionner et même inventer paraît infini. Les jumeaux numériques permettent d’ores et déjà de reproduire virtuellement toutes sortes d’objets. « La modélisation peut être si précise que les résultats peuvent être prédits pour des scenarii qui n’ont jamais été rencontrés auparavant dans le monde réel, projette Sophie Proust. Il sera fascinant de voir comment cette tendance évolue. »

Le gouvernement britannique a même lancé un programme national, le National Digital Twin Programme, pour faire émerger de nouveaux modèles économiques, services et marchés s’appuyant sur la représentation virtuelle des infrastructures physiques nationales. De quoi améliorer la qualité et la sécurité de ces dernières, mais aussi réduire leur empreinte environnementale en optimisant la gestion des ressources dans une démarche d’économie circulaire. Autre exemple : l’entreprise allemande de maintenance et de fabrication des ascenseurs Thyssenkrupp Elevator utilise la technologie HoloLens pour faciliter la réparation et la maintenance. Muni d’un casque de réalité augmentée, le technicien peut bénéficier de l’assistance d’un ingénieur qui le conseille à distance lorsqu’il doit effectuer une réparation sur un ascenseur.

Monde réel et monde virtuel seront ainsi amenés à interagir toujours plus étroitement. « Je peux concevoir quelque chose dans un travail virtuel et l'imprimer en 3D dans le monde physique, utiliser mon écran de télévision comme fenêtre sur le monde virtuel lorsque la télévision n'est pas utilisée… », illustre Alexis Mermet-Grandfille, Group CTO Strategic Technology Advisor d’Atos.

Une technologie partie pour durer ?

Dans la conception et l’innovation, le métavers est de plus en plus pressenti comme un allié incontournable. Grâce à l’émergence de ces nouveaux modes opérationnels, explique le rapport Journey 2026, «certains de ces bénéfices sont répercutés dans le monde réel sous forme de designs optimisés en impression 3D, de molécules et de processus chimiques nouveaux découverts grâce aux supercalculateurs ou à la simulation d’ordinateurs quantiques, et d’automatisation intelligente de processus physiques. »

Notre rapport même à la connaissance pourrait ainsi être transformé à l’ère du métavers. Ces technologies «améliorent considérablement l'efficacité de l'apprentissage et du développement en ajoutant des expériences et des applications simulées (y compris la possibilité de réponses émotionnelles simulées via des interfaces cerveau-ordinateur émergentes)», argue Sophie Proust en parlant de « nouveaux modes existentiels » faisant la part belle au virtuel. Celle-ci table également sur la place croissante que prendront les avatars du futur. «Réalité augmentée et réalité virtuelle sont maintenant combinés avec l’IA pour créer la prochaine génération d’assistants virtuels personnalisés » : robots collaboratifs (ou cobots), hologrammes…

Reste que pour s’installer dans les habitudes et les process, les cas d’usage du métavers devront sans doute faire preuve de solides bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. Vice-président de l’équipe Future of Work du cabinet Forrester, J.P. Gownder ne dit pas autre chose : « Dans le B2B, il est essentiel de tenter de résoudre les problèmes de manière économique en rendant les innovations utilisables et en se focalisant sur leur adoption par les employés.» Sophie Proust attire aussi l’attention sur les « nouvelles responsabilités » qu’entraîne la progression de ces mondes virtuels. «Les dirigeants, préconise-t-elle, doivent prendre conscience des risques qu’engendre la liberté propre aux nouvelles dimensions du virtuel : déconnection sociale, fracture numérique, menaces sur la propriété, la vie privée et la souveraineté.»

Il faudra sans doute enfin prendre en compte la consommation énergétique et l’impact environnemental lié aux équipements nécessaires, idéalement inférieure aux bénéfices engendrés par l’utilisation de ces technologies (réduction des déplacements, optimisation de l’utilisation des ressources…) afin de limiter l’effet rebond de ces nouveaux usages numériques.

 


Plus sur ce sujet ? Téléchargez le rapport "Journey 2026 - explorer les dimensions du virtuel" ici.

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