Les ondes de choc digitales redessinent le futur


Publié le: 30 mars 2017 par Hubert Tardieu

Les ruptures se succèdent comme autant de secousses telluriques dont la transformation digitale serait l’épicentre commun. Dans les entreprises, tout est ébranlé : stratégie, organisation, processus, modes de travail… Ces ondes de choc, en interférant, créent un environnement complexe et incertain, où la concurrence s’intensifie, où de nouvelles compétences sont nécessaires. Se préparer au futur, c’est d’abord comprendre ces forces souterraines qui, déjà, le modèlent.

 

La communauté scientifique d’Atos a identifié quatre sources de ruptures majeures d’origine technologique. Cet article se propose de les détailler.

 

Les nouvelles façons de travailler

L’économie numérique, les outils collaboratifs ont déjà irréversiblement changé nos habitudes de travail. Et l’automatisation, le prédictif et le prescriptif annoncent des mutations plus grandes encore. Se dessine ainsi une ère nouvelle où l’homme sera assisté de systèmes intelligents accomplissant des tâches de plus en plus complexes. Par exemple, la réalité augmentée combinée à des services de traduction automatique peut permettre d’abattre la barrière de la langue entre des employés de nationalités différentes.

Ces avancées soulèvent cependant des questions. Si un rôle croissant est dévolu aux robots, quel devient le nôtre ? Quel sera l’impact sur la motivation, l’autonomie ou le travail en équipe ? Éducation, formation et un solide bagage dans des domaines clés, comme l’informatique, seront essentiels pour pouvoir s’adapter et évoluer en permanence. 

Les nouveaux modèles économiques

Le digital va permettre quantité d’approches inédites pour investir de nouveaux marchés, inventer des modèles opérationnels et générer de nouvelles sources de revenu. Ces innovations seront pour beaucoup fondées sur l’analyse et l’exploration des données, que près de 9 entreprises sur 10considèrent désormais comme essentielles à la compétitivité. 

De plus en plus de business models reposeront ainsi sur des « plateformes industrielles de données » tandis que des écosystèmes entiers s’articuleront autour de plateformes communes où s’échangeront données et services. Ces plateformes seront le catalyseur de la collaboration et de la co-innovation entre partenaires tout en protégeant la propriété intellectuelle et les données sensibles de chacun. À l’instar des marchés multifaces en B2C, les plateformes accéléreront l’effet de réseau en B2B.

Les technologies disruptives 

L’informatique se dirige vers un modèle où des terminaux toujours plus abondants et capables gravitent autour de data centers moins nombreux mais plus puissants. Dans cet environnement où tout se digitalise, de la monnaie à la santé, la demande en capacités de calcul et en connectivité ne cesse de croître. Et l’automatisation sera déterminante car les objets connectés devront pouvoir s’organiser et se reconfigurer seuls au gré des besoins. C’est ce que l’on appelle le Swarm Computing, ou l’intelligence distribuée.

Les véhicules autonomes en sont un bon exemple, capables à la fois d’agir de façon indépendante, d’interagir avec les objets connectés alentour et d’informer les centres de contrôle chargés d’optimiser les flux de circulation et de veiller à la sécurité routière. Le Swarm Computing va également accélérer l’émergence des « machines sociales ». Capables de partager de l’information et d’autoréguler leurs actions afin d’optimiser un résultat, résoudre un problème ou maîtriser un risque, ces systèmes intelligents collectifs ouvrent des perspectives considérables pour la gestion des villes, la protection de l’environnement et les services publics.

« Pour toutes les entreprises, être préparé, prompt à s’adapter et attentif aux opportunités sera la condition de la survie. »

Les défis en évolution 

S’il est impossible de prédire précisément les défis que poseront les changements technologiques, trois grands enjeux se profilent à coup sûr. Premièrement, la protection de la vie privée et des données personnelles, débat permanent où s’opposent les besoins, les souhaits et les exigences des individus, des états et des entreprises. Deuxièmement, l’intensification des cyberattaques. Avec notre dépendance grandissante à la technologie, le cyber-risque va aller croissant et les entreprises doivent rapidement réagir face à l’évolution constante des menaces. Une récente étude de l’Université de Newcastle a par exemple montré que des cybercriminels habiles pouvaient deviner des numéros de carte de crédit en quelques secondes. Enfin, troisièmement, la responsabilité de l’automatisation. Que des machines puissent prendre des décisions seules pose l’épineuse question de l’autonomie d’action, des conséquences et des responsabilités. Si une voiture sans chauffeur provoque un accident, est-ce le passager, le constructeur ou l’éditeur du logiciel qui en sera tenu responsable ? Les implications légales et assurantielles sont loin d’être toutes réglées.

Ces quatre ondes de choc digitales ouvrent une période d’immenses changements dont nous ne sommes qu’aux prémices. Certains susciteront l’enthousiasme, d’autres l’inquiétude. Pour toutes les entreprises, être préparé, prompt à s’adapter et attentif aux opportunités sera la condition de la survie.

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Qui est Hubert Tardieu

Co-président de la Communauté Scientifique et Conseiller du Président d’Atos et Membre de la Communauté Scientifique
Après 27 ans chez Sema, devenu SchlumbergerSema puis Atos à différentes positions parmi lesquelles Global Telecom, Global Finance, Global Systems Integration et Global Consulting, Hubert est maintenant le conseiller du Président Directeur Général d’Atos et l’accompagne pour définir la vision du Groupe et de son environnement à 5 ans. Pour l’accompagner dans cette mission a été créée la Communauté Scientifique en 2009. Ses 135+ membres, les meilleurs ingénieurs du Groupe, ont traduit cette vision dans le rapport Journey 2020 – Les ondes de choc digitales dans les entreprises et dans plus de 50 livres blancs.

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