La ville intelligente à l'épreuve des usages 2/2


Publié le: 6 June 2016 par Bruno Morel

Les économies d’énergie sont l’un des sujets majeurs de la Smart City. Quelles sont les innovations digitales et les usages dans ce domaine ?

On constate quantité d’innovations dans l’habitat, dans l’éclairage public, dans les transports. Le Smart Grid joue également un rôle essentiel en permettant d’ajouter au réseau de nouvelles sources d’énergie, tout particulièrement en ville. Toutefois, on ne peut parler de progrès que si on dispose d’indicateurs. Or, on néglige souvent d’évaluer les gains réellement obtenus, par exemple à la suite de la rénovation thermique d’un bâtiment.

« Quelle que soit l’innovation, il faut se doter d’outils de mesure qui permettront de procéder à un état des lieux initial, puis d’en connaître précisément l’impact, et ainsi de décider s’il faut la généraliser, l’améliorer ou reporter ses efforts vers une autre solution. »

En termes d’énergie, il y a toujours deux dimensions à considérer : l’efficacité énergétique de l’équipement, et la façon dont il est utilisé. Ce dernier aspect a souvent un poids considérable, mais les conséquences d’un changement de comportement individuel sont souvent diffuses, lointaines et difficiles à rapporter à une facture globale annuelle. C’est pourquoi l’innovation digitale évidente à mes yeux est d’utiliser intelligemment les systèmes de mesure en place ou à venir, comme les compteurs communicants, pour apprécier l’impact de telle ou telle action en se basant sur les consommations réelles et inciter les comportements vertueux. Ceci permettrait aussi de se rendre compte que, parfois, le plus efficace n’est pas d’investir dans de nouveaux capteurs ou appareils de régulation, mais seulement de changer les joints de ses fenêtres ou son pommeau de douche.

La Smart City doit permettre d’identifier le potentiel des solutions faiblement technologiques, et non s’y substituer.

Observe-t-on aujourd’hui un conflit de génération dans l’adoption de ces nouveaux usages ?

Sans doute moins qu’on l’imagine. Certes, les plus jeunes sont plus à l’aise avec les outils, et surtout avec la rapidité de leur évolution, mais d’autres dimensions importantes sont plus partagées : la sensibilité aux économies, les questions concernant le réchauffement climatique, la préservation du cadre de vie…

Il est assez difficile et risqué de généraliser sur ce point.

« La ville est de toute façon un lieu de diversité, et la Smart City doit être inclusive, même si cela signifie parfois aller un peu moins vite ou un peu moins loin. »

C’est exactement l’approche qu’Atos Worldgrid adopte sur le projet européen City-Zen, à savoir une montée graduelle de l’expérience utilisateur qui vise à fournir des parcours adaptés à chaque sensibilité.

Aujourd’hui, les collectivités ont beaucoup de projets et d’envies, mais leurs moyens sont limités. La création des métropoles est sans doute une chance à cet égard car cela va permettre de mutualiser les ressources et d’avoir un pilote unique.

Quel est le niveau d’avancement actuel des Smart Cities ?

On n’en est pas encore au stade d’avoir des Smart Cities intégrées. Pour l’instant, on constate plutôt une juxtaposition de projets verticaux – dans les transports, l’énergie, la sécurité, l’e-administration… – qui finiront par se rapprocher.

Aujourd’hui, les exemples les plus avancés se trouvent dans le domaine des transports, où la demande et les bénéfices sont les plus évidents. La prochaine étape concerne l’énergie, notamment sous l’impulsion des programmes liés à la transition énergétique.

Les technologies sont là, et pour peu qu’il y ait une volonté politique et que l’on trouve le bon discours pour mobiliser les différents acteurs et la population, c’est une révolution qui pourrait s’accomplir très vite.

5 règles d’or : comment ne pas se cantonner à l’approche technocentriste et remettre l’humain au cœur du dispositif ?

I. Soyez transparent.

Établissez clairement les règles concernant la collecte, la gestion et l’exploitation des données. Faites part sans ambiguïté de vos intentions. Ne reléguez pas les conditions d’utilisation des services aux petits caractères, mais faites-en un élément de communication.

II. Faites de la confiance votre priorité.

Gardez toujours à l’esprit que la confiance est la clé de l’acceptation, de l’utilisation et du développement de la Smart City. Soyez très exigeants sur la disponibilité et la sécurité des systèmes. Ne permettez à des tiers de rejoindre l’écosystème de la Smart City qu’à des conditions très strictes. Anticipez votre communication de crise en cas de défaillance technique, de sécurité ou d’un partenaire.

III. Soyez concret et pragmatique.

Choisissez pour les premiers services des projets à la fois visibles, simples et susceptibles d’améliorer réellement la vie quotidienne. Dotez-vous d’indicateurs pour mesurer l’utilisation, la satisfaction et les bénéfices. Mettez en place des processus de développement réactifs et progressifs de manière à pouvoir procéder rapidement à des ajustements.

IV. Associez la population.

C’est une nécessité politique et de conduite du changement, mais aussi une source d’idées et d’innovation. Toutefois, évitez les grandes consultations, difficiles à mettre en œuvre et qui engendrent souvent de la frustration. Recourrez par exemple à des panels de bêta-testeurs pour valider et affiner les choix d’ergonomie. Ou appuyez-vous sur des entreprises locales, dont les collaborateurs auront une connaissance directe des besoins.

V. Optez pour des technologiques pérennes.

La Smart City est une infrastructure appelée à durer et à évoluer. Aussi, évitez la technologie pour la technologie, les solutions trop complexes ou à la pérennité incertaine. Privilégiez les solutions ouvertes, évolutives, standard, qui sauront s’adapter aux futurs besoins, intégrer de nouvelles sources de données ou s’interfacer avec des systèmes tiers. Considérez le coût total de l’investissement en tenant compte de la maintenance et de l’exploitation sur la durée.

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Qui est Bruno Morel

Project manager
Bruno Morel a débuté sa carrière chez des éditeurs de progiciels industriels en tant que développeur-consultant avant de rejoindre Atos en 1998. En 2002, il intègre la division smart utilities pour prendre part aux projets de « Metering automatisé ». D’abord positionné sur le comptage électrique industriel, il participe de 2008 à 2012 à la réalisation du programme pilote Linky pour ERDF. A partir de 2013, il prend en charge les projets de R&D autour du Smart-Metering et du Smart-City : Greenlys, Ecocité et Cityzen.