La ville intelligente à l'épreuve des usages 1/2


Publié le: 6 June 2016 par Bruno Morel

La Smart City est une notion récente, aux contours fluctuants, mais quel que soit le sens qu’on lui donne et les services qu’elle comporte, la ville intelligente est fondamentalement au service de ses habitants et de son administration. Pour ceux qui la conçoivent et qui la bâtissent, l’enjeu fondamental est donc de mettre en place des dispositifs qui soient à la fois utiles et utilisés. Le véritable défi n’est pas technologique mais pratique : il faut parvenir à donner un sens à des solutions que les utilisateurs ne s’approprieront que si elles leur apparaissent sûres, faciles d’utilisation et d’un intérêt évident.

 

Les services de la Smart City reposent sur le recueil et l’utilisation d’un certain nombre d’informations, dont certaines peuvent être à caractère personnel. Il est essentiel d’établir très clairement, et en toute transparence, quelles sont les données utilisées, dans quelles conditions et par qui elles seront exploitées. C’est aussi pourquoi la protection de la vie privée doit être prise en compte dès la conception des systèmes d’information de la Smart City.

Enfin, il est essentiel que les systèmes qui constituent la Smart City donnent au citoyen les moyens de maîtriser l’ouverture de ses données personnelles et de comprendre les usages qui en sont faits. Cela lui permettra d’être lui-même un acteur de la Smart City et de l’utiliser en toute tranquillité. À ce titre, la cession des données doit être volontaire, maîtrisée et réversible, avec notamment des garanties concernant le droit à l’oubli.

La question des données est indissociable de celle de la gouvernance. Quelle peut être la gouvernance de la Smart City ? Et son modèle économique ?

La Smart City émane de la ville, mais son écosystème est potentiellement beaucoup plus large, et une place doit donc être accordée aux divers acteurs impliqués : services publics, utilities, transport, télécoms, fournisseurs de technologie, start-up locales… Même si le système doit rester au service des citoyens, sans visées commerciales, la ville peut néanmoins s’entourer de partenaires privés pour l’aider à financer les infrastructures et développer des services participant à ses objectifs stratégiques : attractivité, développement économique, lutte contre le réchauffement climatique, inclusion numérique et diffusion des nouveaux usages… Le système de recharge des véhicules électriques ecarga, qu’Atos Worldgrid a déployé entre autres, dans la Tricité Gdansk, Gdynia et Sopot en Pologne avec l’un des principaux énergéticiens du pays, constitue le parfait exemple des partenariats que peuvent nouer municipalité et opérateurs privés autour de l’innovation technologique.

« En utilisant sa capacité de mobilisation et d’entraînement, la ville peut faire de la Smart City un catalyseur pour tout le tissu économique local. »

Comment fédérer les citoyens autour de ce projet commun ?

Le défi est de parvenir à conduire le changement à l’échelle d’un territoire, avec ce que cela suppose en termes de taille de population, de diversité des perceptions et des pratiques… Cela passe bien sûr par de la communication, de la sensibilisation, des explications - si possible en évitant le jargon et les grands concepts –, mais la clé pour emporter l’adhésion du plus grand nombre est certainement de rendre les choses concrètes. Les gens doivent pouvoir toucher, utiliser, mesurer directement les bénéfices des services qu’on leur propose. Il faut sans doute commencer par des choses assez simples, très visibles, dans les domaines où la demande est forte, comme les transports, la consommation énergétique ou l’information citoyenne. Les premiers succès créeront une confiance et une appétence sur lesquelles il sera ensuite possible de capitaliser pour monter progressivement en complexité et en fonctionnalités.

« Toutefois, si la ville cherche un projet emblématique, capable de porter son ambition en matière de Smart City, on pourrait envisager qu’elle se positionne en tiers de confiance des données personnelles liées à la citoyenneté. »

Elle élargirait son rôle protecteur à la sphère numérique en devenant leur dépositaire unique et en garantissant leur utilisation licite. Elle offrirait à la fois du poids et de la simplicité au citoyen dans d’éventuelles démarches vis-à-vis d’acteurs privés, par exemple en matière de droit à l’oubli. Ceci serait un signal fort, car cela montrerait que la municipalité a bien compris les enjeux du numérique pour ses citoyens et qu’elle s’en préoccupe.

N'y a-t-il pas aujourd’hui une confusion entre l’objet de la ville intelligente et l’objectif même de créer une ville plus intelligente ?

Dans une certaine mesure, oui. Car si tout le monde se retrouve dans le principe d’une cité fonctionnant de façon plus harmonieuse, plus économique, plus écologique et plus sûre, le terme lui-même de « ville intelligente » est parfois mal interprété. Il peut donner l’image d’une ville décidant seule ce qui est bon pour ses habitants, peut-être avec des objectifs cachés de surveillance ou des intérêts commerciaux non avoués. C’est pour cette raison que j’aime utiliser également le terme de « ville connectée », qui exprime bien la véritable nature du système. L’essence de la Smart City est avant tout de faire circuler les informations et d’en produire de nouvelles, de plus grande valeur, qui seront à leur tour échangées, diffusées et exploitées sous forme de services innovants.

« La puissance d’un réseau réunissant désormais les objets, les personnes, les processus, les lieux et toutes sortes de sources d’information crée une interconnexion globale qui permettra de lier l’individu à son contexte et de développer des services et des expériences à valeur démultipliée. »

C’est ce que nous appelons l’Internet of Everything : par l’ajout de connexions, l’objet dépasse sa fonction initiale et devient une plateforme d’un marché multifaces dont les bénéfices s’amplifient à mesure qu’ils sont utilisés.

C’est ce cercle vertueux dont il faut faire prendre conscience. C’est pourquoi la confiance et la transparence sont les facteurs clés du succès de la Smart City, car les citoyens participeront et utiliseront les services à condition d’être certain que ce sera à leur bénéfice et à celui de la collectivité.

PARTIE 2 DE L'ARTICLE >>

Partager


Qui est Bruno Morel

Project manager
Bruno Morel a débuté sa carrière chez des éditeurs de progiciels industriels en tant que développeur-consultant avant de rejoindre Atos en 1998. En 2002, il intègre la division smart utilities pour prendre part aux projets de « Metering automatisé ». D’abord positionné sur le comptage électrique industriel, il participe de 2008 à 2012 à la réalisation du programme pilote Linky pour ERDF. A partir de 2013, il prend en charge les projets de R&D autour du Smart-Metering et du Smart-City : Greenlys, Ecocité et Cityzen.